PETITE HISTOIRE DE LAURENT LAFLEUR

Je suis né dans un pittoresque village d’Ontario. Mes premiers regards se sont imprégnés des beautés de la nature environnante. Même si j’étais en Ontario, ce village était bien francophone et je n’y ai pas appris un seul mot d’anglais (ce qui aurait été bien pratique). Très jeune, la famille Lafleur déménage à Montréal. Dans cette grande ville en ébullition, d’autres émerveillements pour mes yeux avides m’attendent. Ne vous surprenez pas si des années plus tard, à la fois rat des villes et rat des champs, j’entremêle constamment dans mes toiles, les charmes de ces deux univers. Mais n’allons pas trop vite ! Ce n’est qu’en 1970 que je commence, pour le plaisir des formes et des couleurs, à « barbouiller ». C’était plus un désir de chasser l’ennui que celui de révolutionner l’Art, auquel je ne connaissais rien et guère plus aujourd’hui d’ailleurs. (Le mot « Art » me semble un fourre-tout plutôt que d’être une quête d’absolu mais c’est un autre sujet). Pouvez-vous croire que mes premières « œuvres » ont jailli d’un mélange de vieux gallons de peinture du paternel, de restant de gouache et de crayons feutres, le tout fait sur un carton quelconque ? Même que pour faire une couleur de plus, je laissais des espaces vierges pour voir celle du carton.

Certaines rencontres marquent nos vies. En 1974, un peintre de la rue –salut Rocco ! fera basculer mon existence. Il me convaint, m’oblige presque, avec générosité, à exposer mes croûtes à ses côtés sur un coin de rue de Montréal pendant les fins de semaine d’un été qui me changera à jamais.

Pourtant ni rêve, ni ambition, ni don particulier en arts plastiques ne me destinaient à la peinture. Soyons clairs, je n’ai jamais désiré un seul instant devenir peintre. À l’époque, je poursuivais plutôt des études en psychologie à l’Université de Montréal ou je visais une carrière dans la recherche (n’est-ce pas de la recherche que je fais maintenant en peinture ?!). Tout à coup, voilà que le destin m’aguiche avec un métier et un style de vie moins conventionnel. Dès l’obtention de mon baccalauréat en 1977, je range définitivement mes bouquins de psycho et bifurque irrévocablement vers la peinture (Ou ai-je rangé mon diplôme ?). Ce ne fut pas une décision très hasardeuse car je pouvais déjà vivre de la vente de mes tableaux, devenant sans doute l’un des plus jeunes peintres du Québec. Maintenant que j’ai plus de trente ans de métier, je réalise à quel point c’était une chance extraordinaire. La plupart des « peintres » que je rencontre, même célèbres, vivent souvent de d’autres activités. Certains attendent leur pension pour pouvoir se consacrer à plein temps à leur art.
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